1. une conférence pour la paix

Dossier de présentation : en français / in english

Dossier de diffusion : en français / in english

Ambassade Nomade : en français / en anglais

 

ENNEMI (une conférence pour la paix) est une pièce chorégraphique et performative pour deux danseuses. Inscrite dans un questionnement sur la place des périphéries en Europe, et la possibilité de donner une voix à des communautés locales, cette création se propose d’interroger la paix au regard des conflits actuels et passés en Europe.

Au théâtre d’opérations des conflits, Mélodie Lasselin et Simon Capelle répondent par un théâtre anatomique qui tente de renverser la machine sidérante des images de la guerre. Nourris d’un travail documentaire sur le terrain des Balkans, à la rencontre de celles et ceux qui depuis trente ans oeuvrent à reconstruire des liens de paix entre les communautés, mais également à la rencontre de militaires français et italiens intervenus en ex-Yougoslavie, cette création propose un chemin paradoxal où les corps retrouvent par le souffle et la voix une possibilité d’affronter les traumatismes du conflit.

conception : Mélodie Lasselin & Simon Capelle
chorégraphie : Mélodie Lasselin en collaboration avec Léa Pérat
interprétation : Mélodie Lasselin & Léa Pérat
création lumières : Caroline Carliez
création musicale originale : Restive Plaggona
scénographie et costumes : Emma Depoid
field recording : Quentin Conrate
photographie : Martina Pozzan
céramique : Claire Weibel, Juliette Charlot, Noa Michelet, Eve Mercky (ESAD Pyrénées)
illustratrice : Giulia Betti
accompagnement de projets : Teresa Acevedo de las Casas
chargée de production : Lucie Bonnemort
production : ZONE -poème-
coproductions : Occitanie en scène, Le Parvis scène nationale de Tarbes, Teatro di Sardegna, L’Arboreto – Teatro Dimora di Mondaino (dans le cadre du programme Stronger Peripheries – Creative Europe), Ballet du Nord – CCN de Roubaix
partenaires : Institut Français + Région Hauts-de-France, Institut Français + Ville de Lille, Institut Français + Métropole Européenne de Lille, La Chambre d’eau, Artemrede (Portugal), Bunker (Slovénie), Centrul Cultural Clujean (Roumanie), Consorci Transversal Warwa D’activitats culturals (Espagne), Université des Arts de Belgrade (Serbie), Institut Universitaire de Lisbonne (Portugal), PCAI Awareness Raising (Grèce), Pergine Spettacolo Aperto (Italie), POGON (Croatie), Pro Progressione (Hongrie), Université de Barcelone (Espagne)

CALENDRIER

11-14 mai – La Chambre d’eau – résidence dramaturgique
7-10 septembre – La Chambre d’eau – résidence scénographique
26 septembre – 7 octobre – Le Parvis scène nationale de Tarbes – résidence de recherche 1
10-23 octobre – Teatro di Sardegna – résidence de recherche 2
7-11 novembre -Ballet du Nord – Roubaix – résidence de création 1
14-27 novembre – L’arboreto (Italie) – résidence de création 2
1-10 décembre – Le Parvis scène nationale de Tarbes – résidence de création 3
10 décembre – Le Parvis scène nationale de Tarbes – PREMIÈRE FRANÇAISE
2023 – Teatro di Sardegna – PREMIÈRE ITALIENNE
2023 – Roubaix – représentations
Tournée européenne 2023-2024 en cours de construction

ENNEMI est un projet global de création artistique sur la relation aux guerres dans les pays d’Europe n’appartenant pas à l’Union européenne. Après avoir clôturé un premier travail au long cours intitulé BARBARE sur les pays membres de l’Union européenne mené de 2019 à 2022, les artistes Mélodie Lasselin et Simon Capelle se confrontent aux pays restants de l’Europe dans l’optique de créer une oeuvre pour la paix et d’interroger la figure de l’ennemi.

 

————-ENTRETIEN————–

Vous le racontez, le projet ENNEMI est la suite logique de votre création BARBARE. Comment cette transition se fait-elle ?

Notre travail est irrémédiablement lié à notre existence. Nous l’avons raconté dans notre précédent spectacle, BARBARE (odyssées). Puisque nous sommes artistes et que nous vivons ensemble, notre recherche s’ancre aussi dans le réel, pas seulement dans la fiction et l’esthétique. Aussi, quand l’équipe de création se réveille au lendemain des premières dates de représentation et apprend que la guerre en Ukraine a éclaté, ce projet, déjà existant, devient une urgence et une nécessité. Sortir des frontières de l’Union européenne qui nous garantissent une certaine stabilité, quitter l’intérieur, et aller voir à l’extérieur, le sort des pays qui sont proches d’entrer dans l’Union européenne ou qui au contraire restent tout à fait à distance par le jeu d’emprises et de conflits encore en cours.

Là où BARBARE posait un questionnement sur la possibilité d’une union entre des pays très différents mais appartenant à un ensemble politique, comment est-ce qu’ENNEMI vous permet-il de rassembler des pays aussi variés, aux histoires aussi différentes, que la Suisse ou l’Arménie par exemple ?

Oui, cette question-là, c’est presque le coeur de la recherche. Est-ce qu’une thématique peut parvenir à traverser des géographies aussi contradictoires ? Notre travail, jusqu’ici, nous a appris à dénicher les liaisons, les lisières et les passerelles. Nous voulons confronter des relations extrêmement diverses à la question de la guerre. Avoir un ennemi de toujours, presque transmis par l’héritage de l’Histoire, n’a rien à voir avec un pays qui n’a jamais connu de conflit depuis un siècle sur son territoire. La question de la neutralité est aussi une spécificité européenne dont on voit bien aujourd’hui comment elle pose problème. On exige la plupart du temps d’un pays qu’il prenne partie au coeur d’une opposition qui le dépasse. D’ailleurs, le mot ennemi est forgé étymologiquement comme l’inverse de l’ami, pas comme une notion spécifique.

Dans votre démarche, il y a toujours une très grande vigilance à la question de la langue et des sensations du corps. Comment liez-vous ces domaines ?

Sur le terrain, ce qui nous met en prise avec les cultures, les histoires, mais surtout avec les êtres humains, c’est la possibilité de se voir dans le même espace-temps, et la possibilité ou non de trouver un terrain d’entente linguistique, parler la même langue ou non. Dans certains pays, il y a plusieurs langues parlées, officielles ou non, et là, ce peut être l’origine d’un conflit ; le sentiment d’appartenance à telle ou telle histoire, telle ou telle communauté. Débusquer notre propre regard de français, d’occidentaux, d’individus nés dans l’Union européenne comme une évidence, c’est déjà nourrir la possibilité d’opérer la traduction dans une forme esthétique de ce dont nous sommes témoins.

Le spectacle BARBARE (odyssées) s’achevait sur un poème-paysage, comme un désir de faire union à partir d’une géographie physique et mentale. Ce qui paraît animer votre nouvelle recherche, c’est la question de la réparation.

Si l’on part du plus proche, on sait que les futurs pays à entrer dans l’Union européenne seront des pays de l’ex-Yougoslavie dont les frontières sont extrêmement récentes et qui sont encore aux prises avec la nécessité de panser des plaies, de soigner des blessures. Aujourd’hui, on voit également des pays demander d’urgence une adhésion à cause de la guerre qui vient d’éclater en Ukraine. Nous croyons que notre rôle n’est pas uniquement de nous pencher sur le présent mais aussi de préparer le futur, ou du moins de penser ses fictions. Ce qui veut dire ici, imaginer comment réparer l’Europe après la guerre, ou pendant la guerre si elle dure. C’est une tâche immense, extrêmement dure, mais il ne faut pas oublier que la réparation est déjà à l’oeuvre dans de nombreuses lisières de notre continent. On peut penser à l’accueil des réfugiés, pour lesquels il y a déjà de nombreux humains au travail depuis des années, ou à la ville-frontière de Nicosie, toujours divisée, et dans laquelle nous avons rencontré des associations qui passent par la culture pour recréer des liens entre des peuples ennemis. Nous n’avons pas d’autre choix que de nous mettre à notre tour au travail.