ZONE
  • — première : avril 2018 au Palais des Beaux Arts de Lille
  • — interprétation : Mélodie Lasselin, Simon Capelle
  • — zone : V, VI, VIII, X

METAMORPHOSIS questionne la manière dont notre présence en face d’une œuvre peut changer notre regard, notre présence ou l’œuvre elle-même.

Extrait de la SONDE

Dans le cadre de l’évènement Un midi, un regard, le Palais des Beaux-Arts de Lille a invité les artistes Mélodie Lasselin et Simon Capelle à proposer un regard particulier sur des œuvres de leur choix.

Chacune des œuvres choisies est en dialogue avec l’un des ZONE sur lesquels Mélodie Lasselin et Simon Capelle travaillent. Toutes sont en lien avec la question de l’identité, sa place dans le fonctionnement de notre société, et la manière dont les arts plastiques s’en emparent.
Toutes sont des représentations de femmes ou des œuvres d’artistes femmes.

Cette visite-performance en temps réel est accompagnée d’une performance virtuelle constituée de différents éléments (textes, vidéos, photos) diffusés directement sur internet pendant METAMORPHOSIS. L’ensemble forme une œuvre virtuelle.


μετά 

(en guise de prologue)

figer les formes

c’est détruire les possibilités de révolution au fond tout système qui cherche à perdurer sans controverse a tout intérêt à proposer à l’art une identité à chaque mouvement un nom à chaque artiste un cadre

de sorte qu’il ne puisse y avoir aucun renversement du regard ou des corps au point que l’on oublie que l’art l’activité de l’oeuvre d’art et de l’artiste c’est une certaine forme de la révolution une métamorphose

la poésie n’est pas un ornement des mots elle peut

ouvrir comme au jour du sacrifice les entrailles de l’animal sanglant et distribuant la part du mortel et de l’éternité dépecer la chair du monde consumer les os enrobés de graisse attirer jusqu’au lieu du festin les affamés de vivre porter sur les épaules la peau le cuir qui tient lieu de bouclier pour les démunis de territoire

la poésie n’est pas elle peut redresser les chutes ou terrasser les statues alléger les misères ou terroriser la violence


ekphrasis
L’enlèvement d’Europe
(Jacob Jordaens) / inspiré par ROVINA

Le terme ekphrasis, hérité du grec ancien, désigne
« un discours descriptif qui met sous les yeux de manière vivace le sujet qu’il évoque. »
(Aélius Théon, 1er siècle av. J.-C.)


oxymoron
Naissance de Vénus
(Amaury-Duval)

Le terme oxymoron, hérité du grec ancien, désigne
« une sorte d’antithèse dans laquelle on rapproche deux mots contradictoires,
l’un paraissant exclure logiquement l’autre. »
(Dictionnaire de poétique et de rhétorique, Henri Morier)

Naissance d’Aphrodite

En créant en 2018 le solo ORACLE (zone -VI-), forme chorégraphique et poétique, Mélodie Lasselin & Simon Capelle s’intéressent de près aux questions d’apparition et de disparition.
En transposant les codes rituels de la consultation antique d’un oracle, ils donnent à voir les transformations du corps liées à la présence ou l’absence de parole. Le spectateur est ainsi convié à un questionnement sensible des frontières entre le mobile et l’immobile, entre l’identité et la métamorphose, entre le visible et l’invisible.

Dans cette vidéo, Mélodie Lasselin propose une nouvelle interprétation du thème de la Vénus anadyomène. Face à nous, et le regard plongé dans le nôtre, comme l’est la Vénus de Botticelli, c’est au fur et à mesure d’un dévoilement que nous la découvrons et que s’opère la métamorphose d’un corps caché en un corps visible. Le retour de l’écume vient ensuite clore un cycle qui interroge sur la porosité des contours de la figure ainsi représentée.La poésie est au coeur des recherches sur la perception de l’invisible et la transformation du visible. Elle est ainsi une force qui bouscule les concepts d’identité, de personne et de visage.

Cette séquence, inspirée d’ORACLE, nous confronte à nos propre projections sur les objets et les sujets dont nous ne parvenons pas à discerner les contours ou qui échappent à nos définitions traditionnelles. Cette forme obscure devient surface de projection ; intervention de ce qui n’existe pas encore : matière à rêves ou à cauchemars; révélation, peut-être, de ce que la sidération du regard ne parvient pas encore à résoudre en un signe organisé et disponible. Aphrodite est alors déesse du désir et aussi de l’obscurité, d’où elle tire son épithète Mélaenis (La Noire), présidant, en compagnie des Moires (Parques) à la naissance comme à la mort.


memento
Vanité
(Alfred Agache)

Le terme memento, hérité du latin et premier mot de la locution memento mori, désigne
« une marque destinée à rappeler le souvenir de quelque chose. »
(Littré)

Inspirée par le projet ATTENTAT, SONDE est une création chorégraphique participative in situ à destination de tout type de public dont la durée peut varier entre 20 et 30 minutes ; réalisée lors de METAMORPHOSIS au Palais des Beaux-Arts de Lille.

En 1977, la NASA envoie dans l’espace deux sondes interstellaires nommées Voyager sur la paroi desquelles est fixé le disque de Voyager (ou Voyager golden record). Ce disque comporte exactement 116 images et plus de 90 minutes de sons. Ces éléments sont destinés à témoigner de notre civilisation à d’éventuels extraterrestres à même de récupérer cette bouteille à la mer. Dans ces documents, on trouve aussi bien des photographies de forêts ou d’autoroutes, des cris de bébé, Stravinsky, Beethoven et Bach, le son du vent, le mot bonjour dans de nombreuses langues, et ce message du président américain Jimmy Carter : «  Ceci est un cadeau d’un petit monde éloigné, une marque de nos sons, de notre science, de nos images, de notre musique, de nos pensées et de nos sentiments. Nous essayons de survivre à notre temps de sorte que nous puissions vivre dans le vôtre.  »

Vanité en trois dimensions flottant dans l’espace intersidéral, cette sonde nous a donné l’idée d’une autre. Imaginons maintenant les Humains qui vivront sur notre planète dans plusieurs centaines ou milliers d’années. Imaginons que leur temps, leur langage, leur espace, leurs pensées, leurs sentiments ne sont plus du tout les nôtres. Imaginons encore tout ce qui pourrait avoir disparu de nos civilisations dans un avenir plus ou moins lointain.

Que souhaiteriez-vous transmettre aux Humains du futur ? Quel sentiment, quel objet, quel élément, quelle abstraction, quelle couleur de notre époque voudriez-vous qu’ils puissent encore connaître ? Par l’intermédiaire d’un corps, ici celui de la danseuse Mélodie Lasselin, nous allons tenter d’incarner quelques-uns de ces éléments de notre présent, pour les filmer, et espérer parvenir à les transmettre dans le futur. En les voyant représentés face à nous, de nouveau, nous contemplerons la vanité et la beauté de notre existence mortelle, plongés dans la survivance de choses peut-être déjà en voie d’extinction.

conception : Mélodie Lasselin & Simon Capelle
avec l’aide de Chloé André, Baptiste Legros et David Scattolin
musique : Guy Lefebvre
image : Sofian Hamadaïne-Guest


in medias res
Voies de l’espace
(Geneviève Asse) / inspiré par BLANK

La locution in medias res, héritée du latin, désigne
« un procédé littéraire qui consiste à placer sans préalable le lecteur, ou le spectateur, au milieu d’une action » et signifie littéralement « au milieu des choses ».
(Dictionnaire des termes littéraires)

ELOGE DE LA METAMORPHOSE

la puissance du changement est obscure ; elle naît là où la nuit se terre ; là où demeure protégé le frêle apaisement ; là où nous n’entendons plus que la musique; les petits pas de l’esprit prudent et attentif qui se développent dans la pénombre ; les petites lueurs crispées qui se relâchent et s’écoulent ; la fine angoisse qui finalement s’évanouit ; ces parcelles inexprimées ; ce qui n’a pas encore été poussé à surgir et à s’affirmer ; ce qui attend encore de devenir ; et qui dans cette antre trouve un entre-temps soulagé ; cela est une respiration libre ; la nuit nous offre l’étincelle du sursaut ; hors-du-monde nous y sommes pleinement ; c’est l’instant en prolongement qui révoque tout ; dans les corps mêlés debout allongés ; dans le tournoiement de l’âme emplissant le vide de l’habitation ; dans le souffle presque final le sommeil ininterrompu ; là rien n’est atteint ; aucune conquête ; aucune victoire ; la puissance du changement s’amplifie ; elle roule sur elle-même et s’étend ; là le rêve n’est plus un symptôme du désastre ; il est la source des étreintes et du futur

extrait de BLANK (zone -X-) – Simon Capelle


μορφή

(en guise d’épilogue)

tout ralentir

que le regard s’accroche au détail se prenne de désir pour la mutation l’alchimie se défaire du goût morbide de l’époque pour les êtres-statues transparents et définis résister à la paralysie

ouvrir des lieux où les formes disparaissent et réapparaissent

sans jamais cesser de surprendre et de nourrir des musées de la vie où il soit possible de ne pas être quelqu’un quelque chose

il faudrait qu’il n’y ait aucune différence entre nous et un nuage entre nous et la forêt

entre nous et la chute de flocons de neige

dans la distance qui maintient le monde gravitant autour de l’invisible le silence l’absence luxes de nos formations disciplinées défaillent

repeindre la chambre intérieure à l’huile brûlante de l’inconnu instaurer la tempête l’orage dans chaque mot chaque image n’être que de passage


METAMORPHOSIS se trouve dans la même zone qu’ATTENTAT, ORACLE, ROVINA et BLANK.
A‘ découvrir sur leur page.

Crédits photo © Martina Pozzan (1, 7 : Fuga) ; © Sofian Hamadaïne-Guest (4 : L'Enlèvement d'Europe, 10 : Les Parques)
Textes Simon Capelle